Yahya Jammeh, comme on ne s’y attendait pas !

Yahya Jammeh, comme on ne s’y attendait pas !

lundi, 05 décembre 2016 10:52
Yahya Jammeh, comme on ne s’y attendait pas ! Crédits: DR

La chute de l’homme fort de Banjul vient en rajouter aux incertitudes de l’issue des joutes électorales de par le monde, après le Brexit, le referendum colombien et Trump à la White House.

Yahya Jammeh, comme on ne s’y attendait pas !

En toute chose, c’est la fin qui importe. La chute pacifique du quinquagénaire de Banjul en est une preuve. Yahya Jammeh, le docteur aux potions bananières guérissant du Sida, a-t-il toujours affirmé, a accepté sa défaite à l’élection présidentielle gambienne alors que la majorité des Gambiens s’attendaient à une toute autre posture tant ses 22 ans de règne sans partage auront été colorés.

Pour une certaine race de panafricanistes qui l’a souvent présenté revêtu des apparats de défenseur farouche du continent et de celui qui n’est point complexé face à l’Occident, c’est une grande perte. Les Gambiens qui lui ont refusé un cinquième mandat jubilent car en réalité personne ne croyait à une issue aussi défavorable à Jammeh, sans tentative de confiscation du pouvoir, sans violence, et encore moins de bain de sang.

La chute de l’homme fort de Banjul vient en rajouter aux incertitudes de l’issue des joutes électorales de par le monde, après le Brexit, le referendum colombien et Trump à la White House. La surprise est d’autant plus grande que quelques semaines avant l’élection à la magistrature suprême, l’ancien Président avait fait un pied de nez à sa compatriote de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda en retirant la Gambie de la juridiction internationale.

Ce monde est en pleine mutation et l’Afrique n’y échappe pas ! Heureusement. Adama Barrow, le nouveau patron de la Gambie, il faut aussi le souligner, est un orfèvre. Sorti de nulle part, lisse à tout point de vue, son passé d’ancien trésorier démissionnaire du parti présidentiel n’avait pas vraiment braqué les projecteurs sur sa personne même s’il a réussi à fédérer, face à Jammeh, ce qui restait d’une opposition exsangue.

Ne jouissant pas de la même médiatisation qu’un Solo Sendeng mort dans les geôles d’un Jammeh qui n’y allait pas de main morte avec ses opposants, il était facile de le sous-estimer. Il a ainsi pu mettre à profit le ras-le-bol des électeurs gambiens qui, depuis plus de deux décennies n’avaient pour plat de résistance qu’un Yahya Jammeh. Lequel, au fil du temps avait réussi à inscrire la « banane enfoncée dans la gorge du Sénégal » au chapitre des pays que l’on observe avec le sourire en coin à cause des lubies du chef.

Sous sa présidence, le Commonwealth sera honni; la langue officielle de la Gambie, de l’anglais passera à l’arabe, avec une option claire de faire de son pays une République islamique en 2015 ; la Cpi sera tancée d’être une Cour à la solde des Blancs, etc. Et pourtant, au terme de son parcours présidentiel, comment ne pas applaudir des deux mains El Hadj Yahya Jammeh, toujours sanglé dans un ample boubou blanc, d’avoir épargné à l’Afrique une énième crise post-électorale couleur rouge-sang?

Jammeh a reconnu sa défaite, il faut l’en féliciter et souhaiter que cela inspire nos souverains d’Afrique à comprendre qu’on peut perdre une élection présidentielle sans pour autant que le monde ne s’arrête. Ni que le ciel ne tombe sur la tête du (bon) perdant.

PAR OUMOU D.

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Écrit par  Oumou D.
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