Majeurs incapables: Un couple fait ménage à ciel ouvert

Majeurs incapables: Un couple fait ménage à ciel ouvert

lundi, 07 juillet 2014 18:23

Si rien n’est fait, une autre grossesse suivra…Quel sera le sort réservé à ce futur nourrisson ? Certainement qu’il sera mis à la disposition des services  sociaux. Mais un problème demeure: quelle politique  d’intégration pour les majeurs incapables ?

Majeurs incapables: Un couple fait ménage à ciel ouvert

Leur histoire a plusieurs versions. Au-delà du mystère  que suscite la  vie de ce jeune couple qui fait ménage à ciel ouvert, à Abidjan-Cocody Riviera II, plusieurs préoccupations subsistent. Que deviennent les enfants qui naissent de l’union de ce couple de majeurs incapables ? Qui les récupère ? La femme, Safi, qui portait une nouvelle grossesse, a failli accoucher dans la rue, selon les témoins. Au-delà de toutes ces préoccupations, quel sort réserve-t-on aux majeurs incapables?

« L'avant dernière grossesse, c’est dans la rue qu’elle a accouché. Et des gens sont venus  par la suite  récupérer le bébé… », a rapporté un chauffeur de taxi communal. Il n’a pas manqué de s’interroger sur le sort de tous les autres bébés que ce couple a eu. « La première fille du couple a été récupérée par la tante de Safi. Mais, les trois autres enfants nés dans des conditions précaires, nous en n'avons aucune idée »,  ont aussi rapporté  des personnes qui semblent  mieux les connaître.


Le couple a pourtant une histoire

La jeune fille n’a toujours pas été ainsi. Selon Blaise, un chauffeur de taxi communal, Safi est d’origine burkinabè. « C’est une jeune fille d'ethnie mossi. Elle a été ramenée du Burkina Faso par sa tante. Cette dernière l’a ensuite placée dans une famille comme fille de ménage », a-t-il témoigné. Avant de reconnaître que la jeune Safi s’est retrouvée dans la rue après une fugue de chez son employeur pour mauvais traitement. « De peur de se faire réprimander par sa tante, elle a élu domicile dans la rue. Là, un jeune convoyeur de la gare de woro woro (taxi communal) de la Riviera l’a initiée à la drogue. Après avoir subi plusieurs agressions sexuelles, elle s’est liée d’amitié avec  son fournisseur en drogue. Et depuis, ils vivent en couple ».

La mendicité comme activité

La journée, le couple nomade se poste aux différents carrefours de la Riviera II. Et c’est Safi, l’épouse qui sollicite l’aide des passants et des automobilistes. « Tonton, tantie pardon, donnez l’argent je vais manger ». Elle n’a que ce refrain à la bouche. Pris de compassion, certains passagers lui lancent quelques pièces d’argent qu’elle prend soin de nouer au bout de son pagne, avant de s’adresser à nouveau aux autres usagers de la route. L’homme, lui, sans pour autant quitter sa femme du regard, rode autour d’elle…

La vie du couple

Tous les témoins sont unanimes. « Ils ne se nourrissent pas des restes jetés dans les poubelles. Ils utilisent l’argent  qu’ils quémandent chez les passants pour s’acheter de la nourriture. Vous les verrez interpeller les vendeuses pour  s’approvisionner en eau. A la tombée de la nuit, ce couple dort à la belle étoile. L’homme n’est jamais nu. Même si ses vêtements sont sales et dégagent une forte odeur de sueur. Il porte toujours un baluchon dans lequel il transporte le reste de ses affaires. Quant à la femme, elle est en général vêtue d’un vieux morceau de pagne, presqu’en lambeau. La couleur défraîchie démontre que ce pagne est rarement lavé. Ses cheveux crépus, ont pris depuis un moment, l’aspect des dreadlocks. À longueur de journée, le couple parcourt à plusieurs reprises la même distance jusqu’à la tombée de la nuit…

Là, Safi et son époux dressent un pagne à même le sol. Assis côte à côte, ils discutent, essaient de mettre de l’ordre dans leurs baluchons. Il se crée une telle complicité entre ces deux amoureux que le regard des passants ne peut interrompre… Le jour levé, le couple poursuit sa randonnée à travers les différents quartiers de Cocody-Riviera.

Pour l’heure, vous les verrez, toujours marcher à pas de course. La femme qui portait une grossesse d’environ neuf mois, a accouché. « La sage-femme là a pris mon bébé ! », a-t-elle déploré. Avant de réclamer quelques pièces de monnaie pour son petit déjeuner. C’est à ce moment que surgit son compagnon. « Madame si vous voulez, je peux vous conduire au dispensaire où elle a accouché. La sage-femme a encore arraché notre bébé. »

Après cette information qui semblait être cohérente, l’époux de Safi se lance dans un discours incohérent… Avant de se poster dans sa cachette pour laisser sa femme continuer sa mendicité…

Récemment, avec les travaux de la construction des échangeurs de la Riviera II, le couple est aperçu soit du côté d'Abidjan-Cocody, où du côté d’Abidjan-Cocody route d'Attogban.

Si rien n’est fait, une autre grossesse suivra…Quel sera le sort réservé à ce futur nourrisson ? Certainement qu’il sera mis à la disposition des services  sociaux. Mais un problème demeure: quelle politique  d’intégration pour les majeurs incapables ? Quand on sait que toutes ces personnes qui errent dans les  rues, ne sont pas toujours des malades mentaux.

Isabelle Somian
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Écrit par  Isabelle somian
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