Le rétropédalage de Jammeh

Le rétropédalage de Jammeh

mardi, 20 décembre 2016 20:49
Le rétropédalage de Jammeh Crédits: DR

Nous avons ouï-dire que Jammeh a appelé Barrow et qu’il prenait sa défaite avec beaucoup de philosophie, grand patriote et grand croyant dans l’âme qu’il est.

Le rétropédalage de Jammeh

Au cirque, le rétropédalage est un art. En politique, c’est un sport casse-gueule. Et si la fin en toute chose est ce qui importe, celle de Yahya Abdul Aziz James Junkung Jammeh a des relents pathétiques. Le marabout - tiens, tiens, son homonyme est un charognard que l’on dit agressif, affreux et mauvais. Capable, pour satisfaire son appétit de loup, de tuer d’autres oiseaux quand il ne trouve pas de cadavres -, le marabout dis-je, à qui le monde entier a tressé des couronnes de lauriers dès qu’il a reconnu sa défaite et annoncé son départ du State House rêve de réitérer les scénarii kenyan et zimbabwéen où le sortant joue la montre et la peur.

Nombreux sont ceux qui ont avancé que le gagnant de cette présidentielle gambienne, Adama Barrow, et ses partisans, n’avaient pas eu le triomphe modeste et avaient trop tôt fait d’indiquer le chemin de la Cour pénale internationale au pieux Jammeh. En réalité, le perdant avait bien préparé son coup. Qui l’a vu devant les caméras reconnaître sa défaite et féliciter publiquement celui qui est aujourd’hui contraint de solliciter l’aide de la Cedeao ? Personne !

Nous avons ouï-dire que Jammeh a appelé Barrow et qu’il prenait sa défaite avec beaucoup de philosophie, grand patriote et grand croyant dans l’âme qu’il est. Nous en avons versé des larmes de joie, noirci des tonnes de papier pour saluer le grand démocrate devenu sur le tard, amplifié les vivats de l’Afrique qui sait aussi réserver des surprises électorales. Et pendant que nous nous gargarisions du ‘’sursaut électoral’’ gambien, le Docteur Mabuse remit le couvert de ses lubies pathogènes et prit comme un trampoline l’euphorie du vainqueur pour mieux rebondir.

Alors, comme on ne se refait pas, celui qui s’est fait une spécialité des mauvaises causes, toute à la recherche de quelques fans dont il pense à tort qu’ils pourront lui éviter l’humiliation post-électorale et les poubelles de l’histoire qui l’attendent, menace de faire descendre la foudre sur pays qu’il dirigeât 22 ans durant et même sur tout le continent. Jammeh rêve d’une Gambie à son image: qu’elle soit comme le trublion qui ne connaît que le spectacle politique, acteur hors-pair de la téléréalité-navet.

La vision tragique, en Gambie, se sauve par les bouffées de comique. A-t-on jamais vu les Présidents devenus par putsch s’en aller allègrement, comme soudainement atteints par un germe de démocratie ? Le plus âgé des Chefs d’État d’Afrique et du monde en exercice, Mister Bob, ci-devant avant-centre du combat africain contre les colons (ou les Blancs c’est pareil pour lui) a aussi décidé, en sa qualité de « père de l’indépendance » de l’ancienne Rhodésie du Sud et de militant prosélyte de l’Afrique de rempiler pour un 7e mandat.

De Jammeh à Bob, l’Union africaine et les organisations sous régionales auront encore sur la table des négociations ou des actions de force beaucoup de sujets coriaces. Il est sans doute temps de mettre fin à la monarchie présidentielle, de remiser le trône et de construire une République sans privilèges exorbitants ni statuts outranciers et où les notions de responsabilité et de légitimité seront réhabilitées face aux rentes de situations.

PAR OUMOU D.

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Écrit par  Oumou D.
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