Pr Hamidou Boly, Commissaire CEDEAO: « Travailler avec le Cames pour que les publications … qui concernent les populations puissent être mieux valorisées »

Pr Hamidou Boly, Commissaire CEDEAO: « Travailler avec le Cames pour que les publications … qui concernent les populations puissent être mieux valorisées »

lundi, 26 décembre 2016 13:14
Pr Hamidou Boly, Commissaire CEDEAO: « Travailler avec le Cames pour que les publications … qui concernent les populations puissent être mieux valorisées » Pr Hamidou Boly, Commissaire CEDEAO: « Travailler avec le Cames pour que les publications … qui concernent les populations puissent être mieux valorisées »

Pr Hamidou Boly, commissaire de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CÉDÉAO) en charge de l’Education, de la Culture, de la Science et de la Technologie a, en marge de la 11e édition du Forum national de la recherche scientifique et des innovations technologiques (FRSIT) qui s’est tenu à Ouagadougou au Burkina Faso du 19 au 26 novembre dernier, accordé une interview à Fratmat.info. Dans cet entretien, il fait l’état des lieux de la recherche dans la sous-région.

Quelle est l’état de la productivité de la recherche scientifique dans l’espace de la CEDEAO ?

Au niveau de l’espace de la CEDEAO, nous avons 3 types de zone où la recherche a reçu l’héritage colonial qui a également influencé le développement de notre région. Dans l’espace francophone, on est toujours dans un système hérité de la colonisation française, où la recherche est gérée par des centres de recherche spécialisés et elle a toujours vocation de recherche fondamentale. La recherche appliquée est très faible. Dans la partie anglophone, nous avons une recherche appliquée beaucoup plus dynamique que la recherche fondamentale. Et dans la partie lusophone elle est encore embryonnaire, mais elle est encore meilleure à la partie francophone.  

Comment peut-on l’évaluer en termes de pourcentage ?

Je crois que la recherche fondamentale a pris le dessus sur la recherche appliquée. Il y a peut-être 60% de recherche fondamentale et 40% de recherche appliquée, c’est-à-dire des recherches qui vont résoudre les problèmes des populations.

Il se trouve qu’en matière de recherches, plusieurs pays de la sous régions mènent les recherches dans le même domaine de l’agriculture et sur les mêmes thématiques. La CEDEAO ne peut-elle pas aider à mutualiser ces recherches dans un contexte où les moyens font défaut par pays ?

C’est agricole mais c’est un peu spécialisé. Quand vous prenez le Sénégal pour l’arachide, la Côte d’Ivoire fait d’autre type de production agricole. C’est vrai qu’il y a des parties qui peuvent être partagées et nous pouvons donc trouver un mécanisme au niveau régional de partage de l’information de la recherche scientifique. Et comme je vous l’ai dit, c’est toujours les inconvénients de notre cadre colonial que nous subissons. Au Burkina c’est le coton, quand vous prenez d’autre pays comme le Niger, c’est également d’autres types de zone agro-écologique. Et ils ont des spécificités des zones. Au niveau de la CEDEAO, nous pensons que tel que c’est fait déjà on peut trouver une meilleure manière de mettre en synergie les efforts des différents pays. Il y a des créneaux et des secteurs tels que la publication scientifique, le partage de l’information, qui peuvent être renforcés mais pour répondre aux besoins des populations qui sont spécifiques des zones, il faut conserver ce genre de recherches adaptées aux écosystèmes.

Quel est aujourd’hui le budget que la CEDEAO alloue à la  recherche ?

C’est très faible, parce qu’on vient de commencer. La CEDEAO a commencé avec d’autres affaires telles que l’intégration, la libre circulation et les domaines des recherches scientifiques viennent d’être crées (2014-2015). C’est ensemble qu’on a eu un plan stratégique de la recherche. A partir de mon arrivée à la commission, vue l’intérêt que j’ai là-dessus, le budget va être triplé ou quadruplé pour pouvoir mener des actions qui concernent les chercheurs. Mais de façon générale, je peux considérer que la recherche est un parent pauvre dans nos pays.

Mais c’est combien en terme de chiffre ?

C’est de l’ordre de 0,01%. C’est à l’image de ce qui se passe dans nos pays. A partir de 2017, vue le plaidoyer qu’on a eu à faire, on a réussi déjà de 2016 à 2017 à tripler le budget. C’est de l’ordre d’1 million de dollar soit environ 600 millions de Fcfa, qu’on peut consacrer aux activités de recherche dans la région.

Nombre de chercheurs africains se plaignent du faite que les thématiques de recherches sont souvent liées aux intérêts des bailleurs de fonds … et qui ne s’intéressent pas forcement aux besoins réels des populations. Quel est votre avis ?

C’est une belle préoccupation. Mais c’est parce que nos systèmes de promotions des enseignants chercheurs sont basés sur des publications, sur des registres scientifiques à caractère international. Le Cames a mis cela comme critère. Les critères de valorisation des publications de recherches qui concernent les populations locales ne sont pas tout à fait prises en compte. Et ce que la CEDEAO peut faire, c’est de travailler avec le Cames pour que les publications au niveau des thématiques qui concernent les populations puissent être mieux valorisées par rapport aux publications faites au niveau international. Ce que nous pouvons faire également au niveau du Cames, ce sont les revues. La CEDEAO peut créer une revue dédiée aux publications qui concerne la sous-région pour mettre en exergue les acquis et les résultats des recherches à travers cette revue.

Les chercheurs séniors de par leurs expériences arrivent à avoir des financements pour leurs différents travaux. Ce qui n’est pas le cas chez les jeunes chercheurs. Que faire pour que ces jeunes chercheurs aient aussi les mêmes ressources ?

La Cedeao va faire des séries de formations, de renforcement des capacités en destination de ces jeunes chercheurs pour les aider à mieux comprendre les secteurs où il faut aller là où il y a des opportunités. Mais nous allons continuer à renforcer les capacités de ces jeunes pour les mettre au diapason des besoins actuels de la recherche. Nous allons également demander aux grands groupes agro-industriels, aux grands entrepreneurs et les chambres de commerce, d’utiliser beaucoup plus ces jeunes talents dans la résolution de certaines crises.  Nous allons aussi demander aux jeunes de faire de l’innovation parce que, s’auto employer, est vraiment l’avenir dans ces activités. Nous pouvons faire des résolutions pour que les grands groupes puissent avoir un volet de recherche qui prompt à réagir. Dans certains pays anglophones tels que l’Afrique du Sud, il y a des villes dont la recherche scientifique et l’innovation font parties intégrantes des communautés. Par exemple, des mairies, des Hôtels de villes doivent avoir un volet recherche scientifique pour comprendre comment maintenir le réseau et la connexion internet dans une ville, comment améliorer le système de traitement des déchets, le transport inter urbain, etc. Il y a beaucoup de choses sur lesquelles, les chercheurs peuvent apporter des solutions.

Aujourd’hui beaucoup de résultats de recherches sont rangés dans les placards. Qu’est-ce que la CEDEAO peut-elle faire pour aider à la vulgarisation ?

Vous voyez, il y a le forum de la recherche scientifique qui s’est tenu au Burkina, nous encourageons beaucoup de nos de nos ressortissants à venir à ce genre de vitrine pour voir. Les chercheurs sont également solliciter à venir exposer sur les résultats de leur recherche. Des primes sont disponibles et nous accompagnons les jeunes chercheurs dans la mise en œuvre de leurs études de recherches.

Dans la plupart des pays développés, il y a des fonds conséquent pour la recherche. Qu’est-ce qui explique-le faite qu’en Afrique peu de moyens sont accordés à la recherche  par les gouvernants ?

Ce n’est pas les politiques et les gouvernants qui vont faire la promotion des recherches scientifiques. Plutôt, ce sont les industriels et les grands groupes. Et justement, c’est à ce niveau que nous allons sensibiliser les nos chercheurs à s’auto-financer en allant vers ce qui peut intéresser le quotidien des populations.

Pendant les crises que certains pays de la sous-région ont traversés des semences, des patrimoines génétiques ont été détruits. Comment préserver et restaurer les patrimoines de ces pays ?

D’abord, il faut éviter les crises. Et la CEDEAO a toujours mené ce combat. Nous organisons des élections avec nos pays membres et nous évitons que les crises arrivent. Deuxièmement, lorsqu’un pays est frappé par une crise, nous disposons des banques de semences avec les commissaires agricultures. Au niveau régional, il y a des centres internationaux qui ont des banques de semences. Il y en a au Bénin et Côte d’Ivoire qui conservent certaines espèces dont il faut préserver le patrimoine. Aussi, lors de plusieurs situations post-crises, nous avons accompagné les pays à se remettre de la crise et nous permettons aux pays qui ne sont pas en crise, à venir accompagner rapidement l’Etat qui est en difficulté.

Les gens prennent nos ressources et les transforment et reviennent nous les vendre à une autre valeur ajoutée. Comment protéger ces ressources ?

En ce qui concerne les droits de propriété, durant la colonisation nous avons perdu beaucoup de nos ressources. Il y a des médicaments qui sont faits à partis de nos plantes et qui nous reviennent à des coûts exorbitants. Même des traitements antipaludiques sont extraits de certaines variétés de nos plantes. Mais comme on n’avait  pas su les protéger nous n’avons pas de droit de propriété sur les produits. C’est des choses qu’il fallait bien préserver. Aujourd’hui, la CEDEAO dispose d’un outil régional pour la propriété intellectuelle lui permettant de protéger certaines de nos banques et nos valeurs.

Mais est-ce que ce message passe au niveau des chercheurs ?

Pas encore, c’est pourquoi nous sommes là aujourd’hui avec des communicateurs. Nous avons été vus comme une grosse machine de politicien. La Cedeao des peuples est en route. Et nous voulons que d’ici 2020, les gens puissent être fiers d’être ressortissant de cette Communauté économique.

Beaucoup de nos chercheurs préfèrent publier dans les revues occidentales. Est-ce que la CEDEAO peut aider à mettre en place une revue scientifique crédible ?

Pour le faire, il faut avoir un bon comité de lecture pour sélectionner les articles à publier. Donc nous allons travailler à mettre en place un bon comité pour parvenir à la création d’une revue de qualité qui soit appréciable de tous. Nous allons promouvoir des rubriques sur des thèmes qui intéressent nos lecteurs. C’est un travail qui va se faire dans la pérennité pour ne pas que cette revue disparaissent quelque temps après.

A quand le début de publication de cette revue ?

Nous allons commencer à travailler là-dessus à partir de 2017.

Lors de la crise de la maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest, on n’a pas senti véritablement l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) jouer son rôle. Quel a été le problème.

C’est vrai que l’OOAS n’a pas beaucoup communiqué. Mais les casques blanc de cette structure étaient les premiers à être sur le terrain. Le problème c’est que la Cedeao n’a pas encore une chaîne de radio et de télévision propre à elle. Ce qui fait que la plupart de ce que nous faisons passent inaperçu.

Lorsque vous regardez la crise en Côte d’Ivoire, au Burkina et au Mali, ce que nous faisons au jour le jour est important. Mais comme ce n’est pas relayé par la presse, où bien même si c’est la presse étrangère qui est présente comme elle ne veut pas qu’on s’organise par nous même, les informations ne sont pas régulièrement relayées.

La presse étrangère qui est présente sur le champ, disposent des  moyens techniques, ce qui fait qu’elle a toujours de l’information à diffuser. Et elle diffuse ce qui lui paraît utile. Nous sommes bien conscients que nous avons besoin de mieux communiqué sur ce que nous réalisons sur le terrain pour mieux informer nos populations. Dans les pays qui ont été victime d’Ebola, si vous contactez directement les populations, elles vous diront que ce sont les médecins CEDEAO qui étaient les premiers à investir le terrain avec beaucoup d’action proches des populations.

Pourquoi, l’OOAS ne peut pas jouer le rôle d’alerte pour éviter le drame que les populations ont subie pendant la crise Ebola ?

Oui nous devons le reconnaître, l’alerte précoce a été une faiblesse. Depuis l’année passée nous avons mis en place, une nouvelle division pour les alertes précoce. Au niveau des maladies comme l’Ebola, l’OOAS n’a pas eu la capacité de se préparer là-dessus. C’était une nouvelle maladie, le cas du virus de l’Ebola était un complexe.

Mais des pays en Afrique centrale comme le Gabon et le Congo ont déjà vécu cette situation ?

Je suis d’accord avec vous. Mais ce que je peux dire c’est que nous avons été surpris au niveau de l’OOAS face à cette nouvelle pandémie. Les pays concernés ont été débordés par l’ampleur des cas.

Qu’est-ce que vous faite pour gérer cet épidémie dans l’avenir ?

Nous travaillons à mettre en place des laboratoires, des hôpitaux régionaux de référence. Et d’ici 2 à 3 semaines, nous allons discuter avec des Israéliens pour mettre en place des centres hospitaliers régionaux de référence pour nous permettre d’être autonome dans la recherche et dans la prévention de ce genre de maladie.

Parlons un peu des organismes génétiquement modifiés (OGM). Quelle est la position de la CEDEAO ?

Il y a des réunions qui sont prévues avant la fin d’année 2016 pour permettre aux autorités de la région d’avoir une position commune sur l’application ou non de ces OGM. Nous avons donc la biosécurité, nous avons les textes élémentaires de biosécurité. Donc tout acteur qui veut utiliser les OGM doit souscrire pour éviter les dérives et risques. Le risque zéro n’existe certes pas, mais il faut minimiser ces risques au maximum. Et notre organisme va informer les Etats et les chercheurs sur la prudence qu’il faut observer sur ce genre d’action. Nous ne sommes pas fermés aux technologies nouvelles qui peuvent nous permettre de résoudre nos problèmes.

Entretien réalisé à Ouagadougou

Par Théodore Kouadio

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Écrit par  Théodore Kouadio
Lire 2462 times Dernière modification le jeudi, 19 janvier 2017 16:17