Penda Mbow (ministre, représentante personnelle du Chef de l’État du Sénégal à la Francophonie): ‘’Il y a une nette amélioration dans l’organisation des élections’’

Penda Mbow (ministre, représentante personnelle du Chef de l’État du Sénégal à la Francophonie): ‘’Il y a une nette amélioration dans l’organisation des élections’’

mercredi, 21 décembre 2016 12:00
Penda Mbow, ministre, représentante personnelle du Chef de l’État du Sénégal à la Francophonie. Penda Mbow, ministre, représentante personnelle du Chef de l’État du Sénégal à la Francophonie. Crédits: Bosson Honoré

La chef de la délégation de la mission d’observation de l’Oif dresse le bilan du processus électoral et évoque les dossiers majeurs de la Francophonie.

Quel regard portez-vous sur les élections législatives qui viennent de se tenir en Côte d’Ivoire ?
C’est avec un grand plaisir que nous avons conduit la délégation de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) composée de la coordination de l’institution et d’experts compétents et expérimentés venus d’horizons divers, parce que la Côte d’Ivoire est un pays important dans l’espace francophone. Ces éminentes personnalités sont venues notamment du Canada, de la France, de la Belgique, de la Guinée, du Viêt-Nam, du Cameroun, du Tchad, du Sénégal et du Bénin. Non pas à proprement parler pour une observation du scrutin, mais plutôt pour une prise de contact et communiquer au sujet de l’élection des députés, sur invitation du Président Alassane Ouattara. Surtout qu’en 2017, c’est la Côte d’Ivoire qui organisera les VIIIe jeux de la Francophonie. En plus, c’est un pays qui sort d’une crise, mais qui a une capacité de résilience extraordinaire. Ces législatives constituent un test majeur pour voir comment la démocratie est en train de s’enraciner et apporter une réponse véritable à la crise. Nous avons rencontré les entités publiques et privées chargées de l’organisation technique et du suivi du vote. Notamment, le Conseil national de la presse, la Haute Autorité de la Bonne gouvernance et les partenaires à l’organisation. Nous avons fait un travail de suivi extrêmement important. Nous avons visité plus de 200 bureaux de vote notamment à Abidjan, Yamoussoukro et Bouaké. Les membres de notre délégation ont sillonné les centres de vote jusqu’au dépouillement.

Quelles sont vos conclusions ?
La conclusion que nous tirons de ce scrutin, c’est que la Commission électorale indépendante (Cei) a fait du bon travail parce que le rapport que nous avons eu du vote indique une nette amélioration dans l’organisation, malgré quelques éléments à renforcer. Dans l’ensemble, l’organisation matérielle a évolué, ainsi que les conditions de sécurité qui ont été relevées. Ce dernier point a fait l’objet d’échanges et de projections, notamment sur les zones potentiellement à risque. Mais nous avons été agréablement surpris du caractère paisible de l’élection. Mais nous avons regretté la faible affluence, surtout à Abidjan. Nous avons également noté le nombre important de candidats indépendants. C’est, pour nous, un phénomène nouveau qui constitue l’enjeu véritable de ces élections. Nous pensons que c’est un facteur qu’il faudra analyser et en tirer les leçons pour la démocratie dans l’espace francophone.

Que doit-on retenir de votre passage à la tête de la Commission politique de l’Oif ?
Nous pensons que notre action à la tête de la Commission politique de l’Oif explique, en grande partie, notre choix pour diriger cette délégation. Mais aussi le travail que nous avons effectué auparavant au Comité ad’hoc pour la rédaction des documents du 15e Sommet de la Francophonie, également le travail préparatif et les conclusions de la rencontre. Nous retenons aussi que c’est une expérience extraordinaire qui nous a permis de rencontrer de nombreux diplomates avec qui nous avons travaillé et fait l’apprentissage de la négociation politique. Sur chaque décision à prendre, il faut rechercher le consensus, et la francophonie a fait du consensus la base de toutes ses actions. Nous avons aussi travaillé, pendant les deux années de notre mandat, avec plusieurs pays en situation de crise. Nous sommes satisfaits de ce que leur nombre se réduit considérablement. Nous continuons à travailler sur les autres qui connaissent encore des difficultés. Ce sont, entre autres, la Centrafrique, le Burundi et le Gabon avec le développement auquel nous assistons. Dans le même ordre d’idée, la Côte d’Ivoire est un modèle de résilience que nous voulons mettre en exergue dans l’espace francophone. La médiation et l’observation des élections sont les meilleurs succès de notre organisation depuis que nous sommes passés de la Francophonie culturelle (Acct) à la Francophonie politique. Et la Côte d’Ivoire peut être fière d’avoir montré qu’on peut sortir de la crise et aller plus loin que la situation d’avant le conflit. La langue française étant celle de la rédaction de la déclaration universelle des Droits de l’Homme au sortir de la 2e Guerre mondiale, les valeurs sur lesquelles se fonde la Francophonie sont également celles de la démocratie, des droits humains où l’individu a une place extrêmement importante. De la révolution américaine du XVIIIe siècle, on peut dire que la langue française a toujours incarné ce besoin de se dépasser pour faire de la démocratie l’élément moteur dans cet espace.

Vous passerez bientôt le témoin à une personnalité malgache à la tête de votre Commission. Quels sont les grands dossiers que vous transmettrez à votre successeur ?
Depuis la rencontre de Dakar, nous avons décidé que la Francophonie évolue vers une organisation économique. Le thème était alors «femmes et jeunes en Francophonie : vecteur de paix à acteur de développement». Maintenant, la jeunesse est devenue une préoccupation majeure. Nous passons à une autre étape qui consiste en une solidarité sur le plan économique. Nous voulons en faire une organisation qui va privilégier le développement économique de nos pays. Elle va apporter des réponses concrètes à la question de l’emploi des jeunes, l’éducation et à l’implication des femmes dans le développement. Nous transmettrons aussi le dossier du terrorisme qui sévit dans plusieurs pays francophones. Notamment, la France, le Mali, la Belgique, le Niger et la Côte d’Ivoire. C’est un défi extrêmement important. Récemment, ce sont les soldats burkinabè qui ont été attaqués au Mali.

Les violentes faites aux femmes et aux enfants vous préoccupent-elles aussi ?
Cette année, nous avons élaboré un rapport sur les droits des enfants. Nous avons un programme lancé par la Secrétaire générale, Mme Michaelle Jean, qu’on appelle ‘‘Libre ensemble’’ autour des échanges des jeunes de l’espace francophone à travers Internet. Il vise à les amener à se remettre en question pour faire face au terrorisme. Les attaques terroristes récentes en Europe touchent l’immigration qui figure parmi nos priorités. Nous voulons donc les conscientiser pour qu’ils refusent le terrorisme. Nous devons continuer la réflexion initiée par le Président Macky Sall, qui consiste à dire qu’il faut éviter de faire l’amalgame entre islam et terrorisme. Cette initiative vise à donner une réponse intellectuelle à cette problématique.

Vous êtes l’invitée spéciale de l’évènement que Femmes d’Afrique prépare. Quel regard sur cette rencontre qui vise à mettre en exergue le potentiel de la femme africaine ?
C’est une rencontre qui sera très importante. Et nous avons regretté de ne pas avoir beaucoup de femme dans ces législatives. Elles ne représentent que 12 % des candidats. Surtout que la Côte d’Ivoire est une deuxième patrie pour nous. Nous connaissons plusieurs femmes de valeur qui ont joué un rôle extrêmement important dans le développement de ce pays. Notamment, Henriette Diabaté, qui est notre doyenne. J’ai participé à l’hommage qui lui a été rendu, il y a deux ans. Je garde en mémoire les images du jour où elle mettait le bandeau, symbole du pouvoir au Président Alassane Ouattara. Je pense aussi à Namizata Sangaré, Salimata Porquet, Tanella Boni. Cela signifie que ce pays a un potentiel important. Il y a des femmes de talent dans tous les domaines. Et nous pensons que la réconciliation passera nécessairement par les femmes.

Pourquoi pensez- vous cela?
Ce sont les ressources et les potentialités qui sont en elles qu’il faut absolument exploiter pour faire de la Côte d’Ivoire une terre de rencontres, d’échanges, de grande culture et de référence pour le reste des pays africains. Ce sont elles qui sont interpellées pour apporter les réponses qui vont contribuer à une citoyenneté inclusive parce qu’il ne faut jamais oublier que l’Afrique est la terre de la femme depuis le néolithique. Parce que c’est elle qui a appelé à la sédentarisation. Et c’est elle qui rejette la violence.

Interview réalisée par
EMMANUEL KOUASSI ET ABOUBAKAR BAMBA

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Écrit par  EMMANUEL KOUASSI ET ABOUBAKAR BAMBA
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