Constitution, appel ou déclaration de paix
mardi, 30 août 2016 13:08

Constitution, appel ou déclaration de paix Featured

Écrit par CAMARA LOUKIMANE
Évaluer cet article
(1 Vote)
Constitution, appel ou déclaration de paix DR

« Les signataires de la présente déclaration appellent à la mobilisation, toutes les forces vives de la nation, ainsi que tous les démocrates épris de justice et de paix, à user de toutes les dispositions légales et démocratiques pour faire échec à cette initiative anti-démocratique ».

Relativement au projet de rénovation de notre Constitution, l’opposition politique a fait ‘’une déclaration de paix  ou de guerre’’, c’est selon, en réponse à l’appel à la paix et au consensus du Président Ouattara. Cette déclaration marque ainsi la bipolarisation de l’espace politique avec deux forces en présence: les conservateurs  ou Républicains  (le Rhdp), camp du « Oui »  et les Démocrates (le Fpi et ses alliés), le camp du « Non ». Les héritiers du vieux, les conservateurs, appellent à la paix. Les héritiers de l’opposant historique du vieux, déclarent la paix ! Les deux protagonistes du référendum constitutionnel de septembre prochain sont connus.

La déclaration de paix e l’opposition

« Les signataires de la présente déclaration appellent à la mobilisation, toutes les forces vives de la nation, ainsi que tous les démocrates épris de justice et de paix, à user de toutes les dispositions légales et démocratiques pour faire échec à cette initiative anti-démocratique ». Le Front populaire ivoirien (Fpi) et ses alliés, habitués au « boycott actif », ont choisi la voix pacifique de la mobilisation pour le « Non ». Il faut les y encourager en donnant aux politiques les moyens de battre campagne pour le « Oui » ou pour le « Non », en veillant à ne pas subir le coup du Pr  Koulibaly lors de l’élection présidentielle d’octobre 2015. Le consensus naît du débat démocratique. Allons donc au débat. Notre démocratie en sortira renforcée.

Que propose le camp du « non » ?

Que l’élaboration d’une nouvelle Constitution est une question éminemment politique, qu’en conséquence elle doit se dérouler avec la participation de toutes les forces vives de la nation et qu’il faille éviter les erreurs du passé. C’est le professeur en droit constitutionnel  qui a troublé l’eau pour les  pêcheurs en eau trouble, avant de se rétracter dans un silence coupable. Le processus proposé par le Président Ouattara est celui des politiques. Il est le plus démocratique de l’histoire de la Côte d’Ivoire. En effet, les débats ont commencé en 2003 à Marcoussis en France, se sont poursuivi à Accra et Pretoria en 2005 et se sont achevés à Ouagadougou en 2007 par l’Accord politique de Ouagadougou (Apo) dont le président Laurent Gbagbo était si fier. La future Constitution révisée a même déjà été appliquée en certaines de ses dispositions. Il s’agit de la mettre en forme, et cela est une question d’experts. Dix suffisent largement. La consultation des forces vives de la nation initiée par le Président Ouattara a pour objet, au regard du temps passé (2003-2016) etde nos ambitions (l’Ivoirien nouveau et l’émergence en 2020), d’examiner les idées nouvelles qui pourraient l’enrichir. Oui, par le passé nous avons commis des erreurs. Le président Bédié était en exil en 2000 quand le Fpi organisait son référendum avec le général Guéi. Oui, en 2016 Gbagbo est en exil mais il a participé à toutes les négociations dont les séquences ont été rappelées ci-avant. Il en a même assuré le leadership. La providence a voulu que ce soit le Président Ouattara qui les mette en œuvre.

Autre raisonnement avancé par le camp du « Non » au projet de révision constitutionnel est celui-ci:

Que la nomination d’un vice-Président par le Chef de l’état au terme des dispositions transitoires, vise en réalité à lui permettre de choisir son successeur.
Oui, la grande France a permis à Napoléon Bonaparte de choisir son frère comme successeur, sous l’empire. Nous avons élu le Président Ouattara à 83%, il y a à peine 12 mois. S’il s’était présenté avec son vice-Président, le résultat aurait été le même. Fort de cette confiance et pour des questions budgétaires, nous pouvons l’autoriser à nommer son successeur avec les pleins pouvoirs, étant entendu que cette nomination prendrait fin de plein droit en 2020. Kà défaut, l’onction du peuple pourrait être obtenue en couplant le vote référendaire avec l’élection du vice-Président qu’il nous aura proposé.

Les arguments suivants sont aussi avancés:

Que la multiplication des institutions nous coûterait cher.
Nous supportons déjà les mêmes dépenses hors leur constitutionnalisation.
Que la non constitutionnalisation de la Commission électorale indépendante (Cei) indique qu’à terme, c’est le ministère de l’Intérieur qui organiserait les élections.
Oui, ce serait l’expression de la confiance retrouvée en notre administration publique devenue apolitique.
Que la nomination d’un tiers du Sénat par le Président de la République ne concourrait pas au bon fonctionnement de la séparation des pouvoirs.
C’est une question pertinente qui, bien argumentée par le Fpi, pourrait emporter l’adhésion de certains parlementaires. Le projet en cours a le souci de la séparation effective des pouvoirs.

Par CAMARA LOUKIMANE
EXPERT FINANCIER, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA SICOGI, AUTEUR DE « DANS L’ÉLAN DE L’ÉMERGENCE DE LA CÔTE D’IVOIRE SELON ALASSANE OUATTARA » (FRATMAT ÉDITIONS)

Lire 217 times Dernière modification le mardi, 30 août 2016 13:32