Présidentielle en Gambie : le terrain judiciaire se dérobe sous les pieds de Jammeh 10:35 - 11/01/2017

Présidentielle en Gambie : le terrain judiciaire se dérobe sous les pieds de Jammeh 10:35 - 11/01/2017

mercredi, 11 janvier 2017 10:29

Présidentielle en Gambie : le terrain judiciaire se dérobe sous les pieds de Jammeh 10:35 - 11/01/2017

Déterminé à rester au pouvoir en Gambie jusqu'au terme de ses recours électoraux, Yahya Jammeh a subi un nouveau revers mardi, la Cour suprême jugeant impossible de statuer avant des mois et prônant une solution négociée avec le président élu Adama Barrow.

Ce coup de théâtre s'est produit à la veille de la date prévue d'une nouvelle mission régionale à Banjul, conduite par le chef d'Etat du Nigeria, poids lourd du continent, Muhammadu Buhari, et son homologue libérienne Ellen Johnson Sirleaf, présidente en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays).

Mais cette mission "a été reportée à vendredi à la demande" de M. Jammeh, a annoncé la présidence nigériane dans un communiqué.

La Gambie traverse une crise depuis que Yahya Jammeh, à sa tête depuis 1994, a annoncé le 9 décembre qu'il ne reconnaissait plus sa défaite à l'élection présidentielle du 1er décembre, une semaine après avoir pourtant félicité M. Barrow pour sa victoire.

- Nombreuses pressions extérieures -

Depuis ce revirement, il subit de nombreuse pressions extérieures, notamment de la Cédéao, pour quitter le pouvoir le 19 janvier, après l'expiration de son mandat.

Le 13 décembre, son parti a saisi la Cour suprême d'une demande d'annulation de l'élection, arguant d'irrégularités dans la comptabilisation des votes et l'organisation du scrutin. Deux autres recours ont été déposés le 3 janvier.

Mais cette juridiction est dans l'impossibilité de se prononcer avant plusieurs mois, le temps de remplacer les juges manquants depuis plus d'un an et demi, a déclaré mardi son président, le magistrat nigérian Emmanuel Fagbenle.

"Nous ne pourrons statuer que lorsque la Cour sera au complet", avec l'arrivée de juges du Nigeria et de Sierra Leone dans les prochains mois, a affirmé M. Fagbenle lors d'une audience sur le premier recours, précisant que ces deux pays avaient indiqué ne pas disposer de magistrats pour remplir cette mission dans l'immédiat.

La Gambie, petit Etat de moins de deux millions d'habitants, fait souvent appel à des magistrats d'autres pays anglophones pour renforcer son système judiciaire.

- Expulsions et limogeage -

En attendant, l'audience a été renvoyée au 16 janvier, selon le juge Fagbenle, qui a exhorté les protagonistes à en profiter pour "résoudre pacifiquement" leur contentieux.

Faute d'issue judiciaire à court terme, a-t-il dit, "il ne nous reste pour résoudre le litige que la médiation de la Cédéao et la commission inter-partis mise en place par le gouvernement" avec le soutien de l'ONU.

Trois journalistes sénégalais, travaillant pour trois médias distincts, ont été interpellés mardi alors qu'ils couvraient l'audience de la Cour suprême puis expulsés de Gambie par des agents de sécurité, selon des témoins et leurs rédactions. Un journaliste gambien a été brièvement interpellé pour avoir pris des photos avec son téléphone à la même occasion, selon un témoin.

La nouvelle mission de la Cédéao, après une précédente tentative infructueuse le 13 décembre, vise à "discuter avec le président Jammeh de l'impératif de respecter la Constitution", avait indiqué lundi le Nigeria, précisant qu'un transfert pacifique du pouvoir était préférable mais qu'un recours à la force n'était pas exclu.

Yahya Jammeh a assuré le 20 décembre qu'il ne céderait pas le pouvoir tant que la Cour suprême n'aurait pas statué sur ses recours électoraux. Et le 31 décembre, il a exclu toute négociation avec la Cédéao, l'accusant de partialité.

A moins de dix jours de la fin de son mandat, il apparaît de plus en plus isolé.

Il a limogé mardi, sans explication, son ministre de la Jeunesse et des Sports, Alieu K. Jammeh, qui n'a aucun lien de parenté déclaré avec lui, en poste depuis 2012, selon un communiqué diffusé mardi soir.

Une mesure similaire avait été annoncée lundi, sans explication non plus, pour son ministre de l'Information et de la Communication depuis janvier 2015, Sheriff Bojang. Ce dernier a affirmé dans un message sur Facebook avoir démissionné et s'être exilé au Sénégal voisin.

Auparavant, une source au ministère des Affaires étrangères avait fait part lundi à l'AFP de la destitution de douze ambassadeurs gambiens à l'étranger qui avaient appelé Yahya Jammeh à céder pacifiquement le pouvoir à Adama Barrow.

AFP

© 1994-2017 Agence France-Presse

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Écrit par  Cheickna Dabou
Lire 46 times Dernière modification le mercredi, 11 janvier 2017 10:34